Mots et anecdotes
Origine du tricot
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Mots et anecdotes
 
 

Kanji signifiant "tisser" et par extension tricoter

La toilette, François Boucher, 1742, coll privée

Le tricot et la guerre (Etats-Unis)

Le tricot et la guerre (France)

VOUS AVEZ DIT TRICOT ?

DES MOTS POUR LE DIRE

Contrairement au tissage, vieux comme le monde, pour lequel il y a un mot précis dans chaque langue, et très ancien, le tricot a tardé à être nommé, malgré son apparition dès la fin du premier millénaire.

Aucun mot attribué à cette technique n'appara�t dans les textes anciens grecs et romains, ce qui laisse supposer qu'elle n'existait pas dans l'Antiquité. Il n'y a pas non plus de mot latin jusqu'au XVIIème siècle, alors que le tricot était très répandu en Europe de l'Ouest.

☻ Français

Le mot tricot/tricoter n'appara�t pas avant 1660 : il vient du vieux français "tricot/triquet" qui signifie gourdin, trique ou encore bâton, sans doute en référence aux outils utilisés. Au tout début du XVIème siècle, on parlait uniquement de "lasser" (entrelacer) ou de bonneterie pour le tricot des couvre-chefs de l'époque. D'ailleurs, dans les années 1530 en Angleterre, on trouve dans un livre pour apprendre le français, L'esclarcissement de la langue Françoyse, six traductions pour "knit" (tricoter en anglais), notamment "lasser" (faire de la dentelle ou entrelacer), mais aussi que l'on gagne très mal sa vie avec ce travail... Déjà !

☻ Anglais

"Knit" vient probablalement de l'anglo-saxon "cnyttan" qui signifie en gros attacher avec un n�ud (cnotta = knot = n�ud), mais les anglo-saxons ne tricotaient pas encore. Puis ce mot est devenu" knytt" et a pris plusieurs significations différentes, et ce n'est qu'à la fin du XVème siècle qu'on le voit régulièrement utilisé pour le tricot de couvre-chefs. On considère que le terme knit est définitivement adopté pour le tricot à la fin du XVIème siècle, donc les anglais ont eu une avance d'un siècle sur nous en terme de vocabulaire� On retrouve dans le gaëlique irlandais "cniot�il" (tricoter) l'origine ancienne du mot.

☻ Autres langues

Dans la culture arabe, alors qu'elle est à l'origine du tricot, il n'existe pas de mot précis, mais c'est souvent le mot français qui est d'usage aujourd'hui.

En Europe, on retrouve la même racine pour tricoter que le français dans plusieurs langues : "stricken" en allemand (vient d'un mot en vieil allemand qui signifie bâton), "strikke" en danois, "sticka" en suédois (et "trik�" pour tricot), "strick" en norvégien, mais les norvégiens parlaient encore de "binde" (accrochage) au XIXème siècle, terme que l'on retrouve dans le mot "nalbinding". Les russes ont longtemps utilisé un mot signifiant "entrelacer" avant de créer "ТРИКОТАЖ" (tricotazh) qui vient du français. En Ukraine, on retrouve le "vyazat" (entrelacer) des russes dans "З'ЄДНУВАТИСЯ" (tricoter, prononcer zyednuvatysia ) et "В'ЯЗАННЯ" (tricot, prononcer vyazannia).

Plus au sud, en italien, on parle de "fare a maglia" (mailler) donc plus de bâton ici, mais rappel d'une autre technique de travail du fil, celle utilisée pour créer les filets des pêcheurs. En espagnol, "hacer punto de media" se réfère à la bonneterie puisque "punto de media" signifie jersey (mais aussi tricot) et "media" bas ; mais on utilise aussi "tejer" (tisser) moins couramment. Ces termes datent probablement de la fin du XVIIème siècle. Au Portugal, on utilise un mot voisin du français, "tricotar" (et "tric�" pour tricot).

En hollandais, c'est "breien", en islandais "prj�na", et en finnois "neulo" mais je n'en connais pas l'étymologie ! Ni non plus celle de "akanjo bà" (malgache), de "naplést" en tchèque (alors que tricot se dit "trika") et de "robić na drutach" en polonais ! Quant au grec πλέκω (pleko), je n'en ai pas fait� Mais l'étymologie de "triko" en créole ou "a tricota" en roumain semble évidente ! Est-ce que le "k�t" des hongrois s'apparente à tricot ? Si quelqu'un sait�

Les asiatiques désignent en général le tricot avec des termes empruntés au tissage et au nouage, comme le japonais par exemple (pour apprendre les "kanji" d'origine chinoise en fait, voir http://kanji.free.fr , et aller à http://www.tata-tatao.to/knit/japanese/e-JapaneseEnglish.html ) pour traduire le japonais du tricot.

Pour d'autres traductions de tricoter dans différentes langues, se référer à http://www.websters-dictionary-online.org/definition/english/Kn/Knit.html ; en bas de page (mais ce n'est pas un dictionnaire pour autant�).

Et pour des traductions "tout court", un site intéressant : http://www.yourdictionary.com/languages.html .


ANECDOTES

☻ Le chic anglais

Au début de l'ère victorienne, les ladies, pour se distinguer des paysannes qui vivent du tricot, abandonnent la façon de tenir les aiguilles avec les mains, et les placent sur les pouces en tenant la pointe entre le pouce et l'index ; cela ralentit beaucoup le travail, mais il n'y a pas de salaire derrière, donc qu'importe ! Par contre, c'est beaucoup plus approprié pour tout travail qui demande de la précision et de la délicatesse et comme ces dames ne tricotent que de la soie ou de la laine fine de haute qualité, et pas la laine grossière des faiseuses de bas� On a donc l'air plus raffiné et on en rajoute en levant le petit doigt ! Tricoter en public et au concert devient vite la nouvelle mode à la fin du XIXème, mais c'est sans doute plus pour exposer ses nombreuses bagues et bracelets à l'aide de jolis mouvements ! Et puis on ne tricote que de petites pièces (bourses, pelotes à épingles), pas de gansey au bout des aiguilles !

☻ Une affaire d'hommes

Le tricot ne serait-il pas en grande partie l'art de flatter le mollet mâle qui serait couvert par des pantalons quelques siècles plus tard ? Pour s'en convaincre, voir ce site (la partie histoire) qui malgré quelques erreurs est très amusant ( http://www.german-hosiery-museum.de/hosiery-museum.htm ). La femme, beaucoup plus modeste, ne s'intéressera à ses bas que lorsque les robes à cerceaux permettront de découvrir son bout de pied au cours du XVIIIème siècle (voir photo) !

On se rappellera aussi que les corporations médiévales ont été fondées par les hommes pour les hommes et que certains pays gardent encore aujourd'hui la tradition masculine du tricot.

Vers 1780 à Leipzig, on rapporte qu'un Suisse donne des cours de tricot aux dames et fort chers en plus ! Avec des aiguilles crochetées, et sa pelote dans la poche, il réalise une paire de chaussettes en les tricotant ensemble l'une à l'intérieur de l'autre, sur un même jeu d'aiguilles, la chaussette extérieure en jersey envers avec le brin extérieur, et l'intérieure en jersey endroit avec le brin intérieur. Tolsto� mentionne aussi cette technique dans l'épilogue de Guerre et Paix dont l'histoire se passe en 1820*.

Les guerres ont appelé les femmes à tricoter pour les soldats au front (voir photos). Pendant la Première guerre mondiale, les anglaises s'investissent à un point tel qu'elles tricotent dans les trains, au théâtre, à la cantine, au restaurant, à la maison, et dans les écoles, mais elles sont peu récompensées : elles font tant de choses (chaussettes, mitaines, ceintures) pour leurs soldats basés en France, qu'il s'en servent pour astiquer leurs armes et nettoyer leur vaisselle, surtout quand ils reçoivent une paire de moufles n'ayant pas la même taille !

En 1985 à Leicester, 4% du clergé mâle tricote, sans doute pour aider leurs femmes à habiller les enfants car les revenus sont maigres. Les soldats et les marins ont aussi tricoté, mais en Angleterre dans les années 40, les hommes préfèrent tricoter en rond, le tricot avec emperlement, ont horreur de suivre un patron et sont complètement obtus au jacquard !

 

* Ce type de technique est également décrite dans le Knitting book de Mary Thomas (1938, réédité en 1972), ainsi que dans Notes on Double knitting de Beverly Royce (1984, et seconde édition 1994). Elle consiste à tricoter une maille sur deux, la deuxième étant glissée, et à inverser au tour suivant (le premier tour concerne la chaussette extérieure, le second l'intérieure): soit la chaussette extérieure est à l'envers et tricotée en jersey envers (on tricote une maille envers, on glisse la suivante, on tricote un maille envers etc.. et au tour suivant, on tricote la deuxième chaussette intérieure en jersey endroit : on glisse la maille envers tricotée au rang précédent, on tricote la suivante à l'endroit, on glisse une maille etc�), soit la chaussette extérieure est aussi à l'endroit, auquel cas il faut à chaque maille passer le fil soit devant, soit derrière la maille avant de glisser la suivante. La technique de Mary Thomas et sans doute celle décrite dans Tolsto� est la plus longue, les deux chaussettes étant tricotées à l'endroit, celle de Berverly Royce permet de tricoter la chaussette intérieure à l'endroit et l'extérieure à l'envers, en étant dispensé de passer le fil à chaque fois derrière ou devant le tricot.
 

Tricot-Fluor
13/09/04