Europe (suite)
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Mots et anecdotes
 
 

Veste en brocart de soie, tricotée main, 1625-1650 , V&A Museum, Londres

Haut-de-chausses, soie dorée, XVIème siècle, Musée Historique, Dresde

Chaussette tyrolienne, Volkskunstmusem, Innsbruck

Gansey britannique de bébé, coton blanc, XVIIIème siècle

�LE MARCHE DE LA BONNETERIE

Le tricot diffuse rapidement à travers toute l'Europe au cours des XVème et XVIème siècles, et jusqu'au début du XIXème. En Europe de l'Ouest, les nombreuses corporations implantées dans plusieurs pays fabriquent toute la bonneterie en particulier pour les Cours européennes, et déjà à l'époque, la concurrence fait rage ! Le tricot concerne essentiellement les couvre-chefs, les chausses et les bas, les gants et les moufles, les bourses, le vêtement pour le haut du corps n'arrivant pas avant le XVIIème siècle. Entre-temps, le métier à tricoter tue le tricot main, et des styles régionaux dits "traditionnels" éclosent partout.

NB : la classification utilisée est géographique et ne reflète pas la classification politique ou économique actuelles.
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EUROPE DE L'OUEST

Le tricot est une activité économique dans les mains de professionnels (hommes au début) puis de familles entières, surtout en Angleterre où les autorités encouragent cette activité pour augmenter les subsides chez les pauvres, avant de devenir un loisir, au cours des XVIIIème et surtout XIXème siècle.

☻ Espagne

Le tricot s'y développe dès le XIIème siècle. L'Espagne domine la mode dans toutes les Cours dès le XVIème siècle : la réputation de la finesse de son travail en soie lui donne la première place comme pays producteur. La première référence historique concerne des chausses offertes au roi Henry VIII d'Angleterre en 1539.

☻ France

Déjà du temps de Charles VI (1368-1422), la France a la réputation d'être la nation la plus excessive en matière d'habillement et les gens s'habillent le plus "moulé" et le plus court possible : les vêtements des hommes qui couvraient encore les genoux en 1350 remontent tant qu'en 1376 une chronique mentionne qu'ils ne leur cachent plus ni leurs parties privées ni leur derrière� Le pourpoint était né ainsi que le début des collants, puisque les chausses ne font plus qu'un avec les braies. Le développement du tricot s'engouffre dans toutes ces ouvertures�

Les français se spécialisent très vite dans le tricot de chausses et bas en dentelle, et finissent par dominer les espagnols sur le marché de la bonneterie en soie fine sous le règne de Louis XV (1710-1774). Le roi Henri II (1519-1559) serait le premier roi en France à porter des bas de soie au double mariage de sa s�ur Marguerite avec Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, et d'�lisabeth sa fille avec Philippe II d'Espagne en 1559. Apparemment, ça ne lui porte pas chance, il meurt au cours du tournoi organisé pour cette fête ! Cette mode se développe d'abord à la Cour jusqu'à la fin du XVIème siècle, puis les bourgeois suivent.

☻ Italie

Le tricot devient très raffiné et culmine à la Renaissance en raison de la présence des espagnols, notamment à Florence. Les bas en soie pourpres d'Eleanora de Tolède, femme de C�me Ier de Médicis, Grand-Duc de Toscane, retrouvés dans sa tombe et qui datent d'environ 1562 sont les premières pièces historiques montrant l'usage de mailles envers et de "trous-trous" comme éléments décoratifs. Les vestes dites "florentines" du XVIIème siècle, véritables chefs-d'�uvre réalisés en jacquard 2 couleurs, avec des fils de soie de teintes vives, rehaussés de fils d'or et d'argent et de pierreries en témoignent ; en quatre morceaux assemblés par des coutures, ces vestes sont vraisemblablement exécutées sur des métiers à tricoter (présents en Italie dès 1614), pour imiter les brochés des tissus, mais certains spécialistes pensent que quelques-unes ont d� être tricotées main (voir photo).

☻ Suisse

Le tricot existe déjà au Moyen Age, témoins ces petites bourses/reliquaires conservées dans le trésor de la Cathédrale de Sion.

☻ Allemagne et Autriche

La Madone au tricot de Master Bertram pour le monastère de Buxtehude date de la fin du XIVème siècle, mais le peintre a probablement appris cette technique en Italie où il a séjourné �difficile donc de dire si le tricot existait en Allemagne à cette époque. Le Musée Historique de Dresde conserve un haut-de-chausses en soie dorée, datant probablement de la moitié du XVIème siècle, mais a t'il été réalisé en Allemagne (photo) ? Au cours du XVIème siècle, les bas et collants tricotés en laine sont courants, mais tellement chers que la production de bandes de lainage cousus continue, et que le port d'éléments tricotés, même dans la haute bourgeoisie ne se fait que le dimanche et les jours de fête. La persécution des protestants en France après la révocation de l'Edit de Nantes (1685) provoque l'émigration des Huguenots en Allemagne (et en Angleterre également) : ils apportent avec eux leur savoir-faire et leurs métiers à tricoter, et vont entra�ner un développement rapide de la bonneterie.

Le Tyrol autrichien et la Bavière allemande sont très liés par l'histoire et leur proximité géographique explique en partie la ressemblance de leurs tricots traditionnels faits de torsades et de mailles croisées, et enrichis de broderies au Tyrol. Il est coutumier dans ces régions de tricoter des bas en laine écrue avec des motifs verticaux de mailles croisées qui parcourent toute la surface ou démarrent à partir d'un médaillon (voir photo), sans doute à partir du XVIIIème siècle puisqu'ils font déjà partie du costume national, mais on ne sait pas si les tricots pour le corps présentaient aussi ce type de point avant le XXème siècle. Par rapport aux torsades, le travail de mailles croisées qui ne se décalent que d'une maille à chaque rang permet de tricoter plus vite car aucune aiguille auxiliaire n'est nécessaire ; de plus, les patrons peuvent être dessinés très simplement, et il n'y a plus besoin d'explications écrites. La forte similitude de ces tricots avec les pulls irlandais suggère une source commune partagée par des immigrants aux Etats-Unis.

En Allemagne du Nord, l'influence de la Réforme pèse sur les tricots qui sont beaucoup plus simples.

☻ Belgique

L'industrie textile (filage de la laine) y démarre au XIIIème siècle, puis l'industrie drapière se développe au cours des XIVème et XVèmes siècles, remplacée par la bonneterie à domicile. Au XVIIIème siècle, des petits ateliers possédant des métiers apparaissent, mais ne détr�nent pas le tricot à domicile. Sous le Premier Empire (1804-1814), la bonneterie voit même sa production doubler, grâce aux débouchés français.

☻ Hollande

On y trouve peu l'influence de l'Allemagne ou de la France pourtant voisines, et les tricots austères, simples, refètent la façon de vivre des gens. Les hollandais, très réputés pour le matelassage copient les points de quilting, font des tricots texturés au cours des XVIIème et XVIIIème siècles et deviennent réputés pour leurs tricots damassés en laine crème. C'est aussi l'époque du "tricot en blanc"; le coton devient très populaire dans toute l'Europe de l'ouest pendant le XVIIIème siècle. Le coton, encore peu répandu avant 1740 arrive en grande quantité grâce aux comptoirs (notamment hollandais) établis en Inde et à la production américaine (voir photo).

Les pêcheurs des villages c�tiers. commencent à porter des tricots à partir de la moitié du XIXème siècle, soit importés d'Angleterre et de Belgique, soit réalisés sur place avec des motifs inspirés de ceux des britanniques mais une forme empruntée aux tricots scandinaves. Leur propre style se traduit souvent par la présence d'un col avec une cordelette et deux pompons.

☻ Iles britanniques

Le tricot y conna�t un développement économique très important, car ces �les sont en étroite relation avec le reste de l'Europe grâce à une activité commerciale intense.

Angleterre

Dès 1600, elle devient un pays exportateur majeur de chausses, mais se heurte à la domination franco-espagnole, car elle ne travaille que la laine, le jersey uni, et fait des accessoires sans talons. Elle prend sa revanche en gagnant une réputation dans le couvre-chef (que de nombreux portraits réalisé par Hans Holbein le Jeune, 1497-1543, immortalisent).

Elizabeth Ière (1533-1603), qui porte également les bas de soie importés d'Espagne qui co�tent fort cher, décide de développer cette économie dans son pays, développement auquel la ma�trise de l'acier contribue. Les zones rurales sont donc encouragées à augmenter leurs revenus grâce au tricot. A la fin du règne elisabétain, les anglais exportent leurs bas en laine vers la France, l'Allemagne, l'Italie, la Hollande et même l'Espagne, dans des qualités différentes, car maintenant, toutes les classes sociales sont touchées.

William Lee invente le métier à tricoter en 1589, mais Elizabeth n'y voit aucun intérêt car ce métier ne peut faire que des bas grossiers (une trentaine de mailles par 10 cm tout de même�), donc ne peut concurrencer la production en soie, et surtout, elle ne veut pas enlever le pain de la bouche de ses tricoteurs main. L'économie reposant sur eux est en effet énorme : 200 000 tricoteurs répartis dans le pays, 20 millions de paires de bas pour le marché domestique et 1,5 million de paires pour l'export. On tricote en marchant, au cours des veillées, et même dans les églises ! Les jeunes, les enfants, les vieux, les femmes et les hommes, tout le monde participe ! Lee s'expatrie en France ou Henri IV lui apporte son soutien : une manufacture s'installe à Rouen, la licence doit arriver, Henri IV se fait assassiner ! Lee dispara�t vers 1614, mais son frère et ses collaborateurs retournent en Angleterre et finissent par développer puis exporter cette invention.

Le bonneterie main n'est pas trop touchée par le métier à tricoter qui réalise surtout de grosses pièces (vestes), mais l'Angleterre, premier pays producteur autour des années 1600, se fait doubler par la France et les Flandres. Les guerres napoléoniennes puis le plein impact des machines entra�nent le déclin du tricot rural amorcé dès la fin du XVIIIème siècle.

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Tricot-Fluor
13/09/04