Europe médiévale
Origine du tricot
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Mots et anecdotes
 

Coussin en soie de Las Huelgas (1275)

Madone au tricot de Matre Bertram de Minden (fin XIVème)

Gants liturgiques en soie, Cathédrale St Sernin, Toulouse, XIIIème siècle

Marchands au Moyen-Age

... ET UN PEU AU-DELA

Le tricot diffuse en Europe grâce à trois éléments : les Croisades, le commerce et l'expansion de l'Islam qui commence par l'Espagne. La France et l'Italie sont très vite gagnées par cette nouvelle technique, puis d'autres pays européens, et très vite, les Conquistadores apprennent à tricoter à l'Amérique du Sud.
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TEMOIGNAGES

Le tricot concerne d'abord le sacré, que ce soit dans l'art ou dans la réalisation d'accessoires, avant de devenir une activité commerciale à part entière.

☻ Les pièces les plus anciennes que l'on puisse dater en Europe médiévale sont deux coussins trouvés dans des tombes au monastère Santa Mara la Real de Huelgas, près de Burgos en Espagne, monastère fondé par le roi Alphonse VI de Len et de Castille pour abriter le mausolée de la famille de Castille. Le mieux conservé dans la tombe du prince Fernando de la Cerda (1255-1275) est en jacquard de soie pourpre, or et blanc et présente des motifs de fleurs de lys et d'aigle sur une face, et de châteaux à trois tours et de rosettes sur l'autre face (voir photo). L'échantillon est d'environ 80m/10 cm. Il est entouré d'une bordure sur laquelle le mot "baraka" (soyez béni) se répète. Il est fort probable que ce coussin ait été réalisé par un musulman (pour un prince chrétien !), et en tout cas pas par un débutant ; à la vue de cette pièce, les spécialistes pensent qu'à cette époque, le travail de cet art était matrisé. La finesse du point laisse aussi deviner que le travail de l'acier était parfaitement contrlé pour faire des aiguilles aussi fines.

☻ La peinture, dès le XIVème siècle, illustre cette technique dans les mains de Madones dites "au tricot" : plusieurs exemples italiens ainsi que l'huile sur bois de Matre Bertram de Minden (1340-1414/5) que l'on peut admirer au Kunsthalle Museum de Hambourg et qui date de la fin du XIVème montrent que le tricot était suffisamment connu en Italie et en Allemagne à cette époque pour que des peintres l'illustrent avec autant de précision (voir photo). Le tricot se fait en rond, sur un jeu de 4 ou 5 aiguilles non crochetées, tenues dans les paumes, le fil est tenu dans la main droite et le jacquard est déjà pratiqué.

☻ Les musées et les Trésors de cathédrales en Europe (notamment en Suisse) conservent de nombreuses bourses et petits sacs tricotés pour transporter et contenir les reliques de saints (reliquaires). Elles sont réalisées dès le XIVème siècle, tricotées en rond et en jacquard avec des fils de soie et un échantillon d'environ 70 m/10 cm.

☻ Les gants liturgiques portés par les évêques dès le VIIème siècle en signe de leur rang de dignité seront très vite réalisés en tricot, en soie naturelle ou blanche, puis colorée (souvent en rouge, mais jamais en noir). Un exemple du XIIIème siècle est conservé à la Cathédrale St-Sernin de Toulouse (voir photo) : il comporte un médaillon en métal cousu en son centre.

☻ Les premiers accessoires réalisés en tricot ont été sans aucun doute les couvre-chefs puis les chausses (ce qui couvre la jambe et s'accroche aux braies, avant de devenir des bas-de-chausses, à l'origine du mot "bas", recouverts par les hauts-de-chausses chez l'homme qui allaient évoluer vers le pourpoint, la culotte puis le pantalon) . Il semble que l'Angleterre tricotait déjà des couvre-chefs dès le XIIIème siècle, et on trouve trace d'un "chappelier" à Paris qui vend des chausses "faictes à l'aiguille" en 1387 (mais nalbinding ou tricot ?).


LES GUILDES

On ne peut que le supposer car les preuves ne sont pas là, mais lorsque les guildes commencent à apparatre, l'art est vraisemblablement matrisé donc le tricot pourrait être connu bien avant leurs dates d'apparition.

☻ Les premières Guildes (corporations, confréries) de tricoteurs apparaissent assez tt, ce qui démontre que le tricot devient vite une activité commerciale dont les chausses deviennent le produit principal. En effet, à l'époque, les chausses étaient constituées de bandes de tissu enroulées autour de la jambe et tenues comme on pouvait ; même taillées dans le biais des tissus (comme les tartans des écossais), c'était moins souple et adaptable que le tricot. . Au cours du Moyen Age, le tricot, qu'il soit en laine ou en soie, remplace petit à petit les bandes de tissus utilisées jusque-là en bonneterie, au moins dans les classes sociales supérieures. Les pièces de l'époque retrouvées montrent que le point jersey envers commence à être utilisé, mais en décoration seulement au cours du XVIème siècle : les ctes et le point mousse restent longtemps ignorés ! De même les "trous-trous" qui font leur apparition d'abord comme élément de décoration avant d'être utilisés comme illets pour passer une cordelette par exemple. Les tricoteurs de l'époque, qui travaillent en rond, ne font que des mailles endroit

☻ Les archives mentionnent déjà une organisation à Paris dès 1268, lorsque Etienne Boileau, prévt de Paris, réunit sous le titre de Livre des métiers tous les règlements relatifs à la police, à l'industrie et au commerce de Paris. Mais il semble que le début du XVème siècle soit une date plus réaliste pour l'apparition des guildes en Europe de l'Ouest. Tournai a sa guilde en 1429, d'autres villes françaises au début du XVème, et Barcelone en 1496. L'Angleterre voit natre ses premières corporations au cours du XVIème siècle, , l'Alsace et l'Allemagne ainsi que d'autres villes françaises (Troyes, capitale de la bonneterie, en 1505) enregistrent de nouvelles guildes au tout début du XVIème, puis Vienne en 1609, Dresde, le Tyrol et Prague.

☻ La guilde de St Fiacre fondée à Paris en 1527 et rattachée à la paroisse de St Jacques le Majeur est une corporation de bonnetiers, mais il en existe une autre réunie en confrérie St Martin dans le Faubourg Saint-Marcel (à cette époque, les cellules de la vie sociale ne sont pas encore des quartiers administratifs, mais des quartiers rattachés à des paroisses). Chaque guilde a un saint patron protecteur, Saint Fiacre étant déjà le saint patron des fabricants de couvre-chefs en coton à Paris en 1387. La deuxième corporation de bonnetiers parisiens avait choisi St Michel archange, tandis qu'à Barcelone, quand on tricote de la soie, on se met sous la protection de Sainte Lucie et de Sainte Ursule, mais quand on tricote de la laine, c'est Saint Sébastien qui prévaut ! A Troyes, les bonnetiers choisissent la Vierge Marie, censée avoir réalisé sans aucune couture le vêtement du Christ.

☻ La corporation des "Bonnetmakers" à Dundee en Ecosse remonte à 1496 (en Ecosse, "bonnet" signifie béret). Dundee, deuxième ville d'Ecosse, est la première ville écossaise à développer cette activité, sans doute parce qu'elle commerce beaucoup avec le reste de l'Europe et que de nombreux ecclésiastiques arrivent déjà coiffés de ce type de couvre-chef (le béret est inventé en France au cours du XIIIème siècle, voir http://monsite.wanadoo.fr/tricot-fluor page 1). On pense qu'ils se sont inspirés de ces versions européennes pour en créer une plus grande qui devait devenir le béret plat bleu de Dundee, qui a malheureusement disparu car porté uniquement par les classes sociales autres que la noblesse.

Tricot-Fluor
13/09/04